Monographie : Le quartier de la gare

13/12/2018 18:50

Le quartier de la Gare :

Histoire, caractéristiques, évolution, souvenirs et perspectives.

 

Au nord de Gembloux, excentré par rapport au centre historique de la ville, le quartier de la gare s’est développé à la fin du XIXe siècle dans la foulée, bien sûr, de la construction des voies ferroviaires et des activités industrielles qui ont vu le jour à cette époque. Cette situation et ces circonstances allaient tout naturellement entraîner de nombreuses activités. Un développement immobilier s’est manifesté après la seconde guerre et surtout depuis le début des années ’60.  

D’une façon sommaire et sans doute un peu arbitraire, on peut délimiter cet espace géographique à l’intérieur de ce périmètre : la chaus sée romaine, la chaussée de Wavre, la chaussée de Charleroi jusqu’à l’Agasse et la rue du même nom jusqu’à la chaussée romaine. En gros, il s’agit spécifiquement de ce que l’on nommait jadis Le quartier de l’Agasse et le baty Saint-Guibert.

 

Un peu d’histoire

Le lieu est pétri d’histoire, quand bien même il ne présente aucune trace visible de constructions humaines antérieures au 19e s. contrairement au centre ville qui regorge de  nombreux témoins historiques.

Le quartier se situe à proximité de la chaussée romaine qui, de Boulogne à Cologne, par Bavay, Tongres et Maastricht, reliait la Manche au Rhin. Une voie majeure probablement contemporaine de la fondation d’une colonie par l’empereur Claude à Cologne vers l’an 50.

Cette route était d’une grande valeur, tant au point de vue stratégique, administratif, économique que culturel. En fait, les romains ont exploité et modernisé une antique piste gauloise qui reliait Bavay à Tongres, bien avant l'arrivée des légions romaines sur nos terres.

Située ici à l’altitude de 160 m, elle y gardait sa caractéristique de ligne de crête. Elle sépare d’ailleurs les deux grands bassins hydrographiques de notre pays : celui de l’Escaut au nord et celui de la Meuse au sud.

La chaussée romaine en 1962

 

On peut aisément s’imaginer le mouvement que cette chaussée connaissait jadis : des soldats, des fonctionnaires  territoriaux, des marchands, des brigands aussi. Et à plusieurs reprises des hordes d’envahisseurs qui profitaient de ce couloir d’invasion, comme les Normands en 880 et les Hongrois en 954, jusqu’à l’époque moderne lors des batailles de Fleurus, de Ligny et de Ramillies… jusqu'aux Allemands, le 21 août 1914, pour rejoindre la Sambre.

 

L’antique cabaret de l'Agasse, aujourd’hui disparu, était situé en bordure de cette route. C’est probablement cette enseigne (la Pie) qui a donné son appellation au quartier tout proche.

Le baty Saint-Guibert est en prolongement au sud, vers la ville.

L’endroit est légendaire. C’est là, à proximité de la rue de l’Agasse (au coin vers la rue Buisson Saint-Guibert) que Wicbertus (Guibert), qui fonda le monastère bénédictin en l’an 922, aurait planté son bâton dans le sol au bord du chemin, en 954, alors qu’il revenait d’une entrevue avec une horde d’envahisseurs Hongrois qui menaçait le couvent. Le bois prit racine, fleurit d’aubépines et donna naissance à ce que l’on appela le Buisson Saint-Guibert. Il fut dynamité le 22 mai 1934 par quelques étudiants de ce qui s’appelait alors l’Institut agronomique, cela peu avant le passage de la procession nocturne organisée chaque année dans la nuit du 22 au 23 mai, date anniversaire de la mort de Saint-Guibert à l’abbaye de Gorze, en Lorraine.

 

 

Le Buisson Saint-Guibert vers 1910

 

Les voies routières

On l’a vu, l’axe essentiel et le plus ancien fut la chaussée romaine. Large d’une quinzaine de mètres, ce qui est rare pour l’époque, solidement construite, bien empierrée, elle supporta au cours des siècles un trafic important.
De cette voie romaine partaient des embranchements  -les diverticula- qui menaient vers d’autres routes, plus modestes, ou aux exploitations agricoles (les villas) de la région. Il est probable qu’un diverticulum partait à proximité de l’antique ferme de l’Agasse et gagnait le centre urbain actuel et la vallée de l’Orneau, par la rue de l’Agasse et la rue aux Pierres (aujourd’hui rue A. Damseaux).

Pendant plusieurs siècles il n’y eut quasiment pas de changements à cet endroit sur le plan routier. En témoigne clairement la carte de Ferraris établie vers 1775 sous le régime autrichien. Ce relevé topographique ne mentionne encore que le chemin de l’Agasse qui relie la chaussée romaine à la ville et qui croise la route qui relie la chapelle Moha à l’Escaille et que l’on nommait « baty Saint-Guibert ».

L'endroit était jadis couvert par le Bois des Bolys, c'est à dire le Bois des Bouleaux.

 

Extrait de la carte de Ferraris

Sous  le régime hollandais, de nouvelles chaussées sont créées. On entame la construction d’une chaussée allant de Saint-Michel (Glimes) au Docq (Tongrinne), et une autre de Wavre à Namur. Jusqu’alors, de Gembloux à Namur n’existait qu’un chemin de terre et une voiture chargée mettait 7 heures pour parcourir ce trajet. Ces deux chaussées, qui se croisent à Gembloux, sont praticables en 1826.

Un chemin dit « de la Capelette » menait déjà du Coquelet vers Wavre.

Dès 1826, un service de diligences fonctionna entre Wavre et Gembloux.

En 1929, la question du passage à niveau situé près de la gare, qui se posait déjà depuis quelques décennies, trouva une ébauche de solution : un détournement de la grand-route de Bruxelles à Namur (N4) par le quartier de l’Escaille fut réalisé au cours des années suivantes.

 

 

Les voies ferrées

Le Chemin de fer

La ligne de chemin de fer 161 de Bruxelles à Luxembourg fut construite et exploitée par la Société du Grand-Luxembourg. Gembloux fut atteint en juin 1854. L’inauguration eut lieu en 1855 et la ligne fut continuée vers Namur l’année suivante. En octobre 1858, la ligne fonctionne de Bruxelles à Arlon. Le réseau fut racheté par l’Etat Belge en 1873. Déjà en 1893, 28 trains de voyageurs passaient quotidiennement à Gembloux.

La ligne 147 de Landen à Fleurus a été mise en exploitation le 15/10/1865. Construit à voie unique par la Société Tamines-Landen, le réseau fut acquis par l’Etat en 1870.
Elle desservait de nombreux charbonnages et permettait aux ouvriers flamands de venir travailler dans les mines, jusqu'à sa fermeture en 1959 pour le trafic "voyageurs" et en 1973 pour les marchandises.

Gembloux-Tamines par la vallée de l’Orneau, construit d’abord à voie simple, est mis en service en 1877.

 

 

Le tram vicinal

 En avril 1902, un tram vicinal à vapeur est  mis en service de Gembloux à Sart-Risbart (ligne 326) assurant la déserte de nombreux villages. A partir de là, on pouvait rayonner dans une partie de la province de Brabant. La gare de départ se situait chaussée de Wavre,  en face des usines Mélotte. Il y avait 5 départs et 6 arrivées par jour.

Jusqu’alors il n’existait pas de transports organisés ni pour les travailleurs ni pour les marchandises (Mélotte et Cassart) et les productions agricoles qui étaient importantes (surtout les betteraves). Les industriels tout autant que les ouvriers, dont beaucoup venaient de l’hinterland hesbignon (Sauvenière, Walhain, Tourinnes), étaient donc demandeurs. Les interventions de MM. Mélotte et Cassart en faveur de la création de cette ligne vicinale furent sans aucun doute déterminantes.

La guerre de 14-18 vit s’interrompre le trafic vicinal car les Allemands démantelèrent une partie du réseau pour récupérer les rails. Le trafic fut rétabli en 1920 et des autorails diesel remplacèrent les trams à vapeur en 1934. Durant la dernière guerre, les vieux trams à vapeur reprirent temporairement du service et furent encore utiles pour le ravitaillement de la population. En 1956 le tram vicinal fut supprimé et remplacé par des bus. Les rails furent enlevés en 1958.

(Bulletin du CRAHG - N° 83 - 2015.

 

Les gares

La première gare a été mise en service le 14 juin 1855 par la « Grande Compagnie du Luxembourg »  qui inaugurait  le 9 juin la section de La Hulpe à Gembloux de sa ligne Bruxelles – Luxembourg. Le tronçon suivant (de Gembloux à Rhisnes) fut inauguré le 10 septembre de la même année.

 

 

Gare de Gembloux  ca 1902  Source: Delcampe.be

 

En 1902, il est question d’édifier une nouvelle gare. Le Conseil communal protesta contre la situation excentrique de la station par rapport au centre-ville.

 

Av. de la Station vers 1918

 

En octobre 1971, 140 trains s’arrêtaient chaque jour ouvrable à Gembloux : 4.784 voyageurs y montaient et 4.376 en descendaient.

En 1994, 1.712.620 voyageurs ont embarqué à Gembloux, soit en moyenne 4.692 embarquements par jour.

La gare en juin 2006

 

En 2008, cette gare était le 7ème en importance de Wallonie, et la deuxième de la province en termes de fréquentation. Plus de 13.000 voyageurs y passaient chaque jour de la semaine.

Elle fut démolie en décembre 2009 et remplacée par la nouvelle, inaugurée le 28 mai 2010.Elle a été dessinée par l'architecte Marinella Salemi.

Le « Chef de gare », le géant local, qui arborait fièrement un nouveau costume rehaussait(!) l’événement de sa présence bonhomme et souriante.

De cette nouvelle gare, l'accès aux quais se fait par une passerelle accessible par escalators, ascenseurs et escaliers. Cette passerelle accède aussi au parking1 du côté de la chaussée de Wavre (265 places), tandis qu'un passage souterrain pour piétons et vélos -donnant aussi accès aux quais- est aussi disponible parallèlement au tunnel routier. Le parking2 (accès par la chaussée Romaine) offre quant à lui 950 places, dont 25 réservées aux PMR.

 

La nouvelle passerelle

La passerelle piétonne de 128 tonnes fut placée durant le weekend des 12 et 13 juin 2009.

Elle est constituée de trois éléments : le premier, d’une longueur de 24 mètres et d’un poids de 48 tonnes, l’autre de 13, 5 m. d’un poids de 30 t. et le dernier, long de 26 m. pesant 50 t.

Chaque pilier sur lequel repose cette structure métallique est équipé d’un ascenseur, d’un escalator et d’un escalier.

L’ouvrage a été réalisé par la société Techno Métal  Industrie à Seilles. Il a nécessité deux mois d’études, cinq semaines de réalisation en atelier (peinture comprise) et trois semaines de pré-montage des différents éléments au sol à Gembloux après acheminement par convoi exceptionnel.

 

Et le célèbre passage à niveau…

Pendant 95 ans les automobilistes ont fait la file et rongé leur frein (!) devant le P.N. 46 de Gembloux.

Jusqu’au contournement de la N4 terminé au début des années 30, les usagers qui circulaient entre Bruxelles et Namur devaient nécessairement franchir ce point redouté. Ce passage à niveau était de fait l’un des plus encombrés du pays.

 

  P.N. ca 1920     Source: Delcampe.be

Selon l’annuaire de la SNCB de 1930, 63 trains de voyageurs circulaient chaque jour (42 trains sur la ligne 161,  11 sur la 144  et 10 sur la 147). En plus des nombreux convois de marchandises.

Nombreux furent les projets concoctés par les administrations concernées, sans jamais être réalisés pour de multiples motifs.

En 1902, déjà, on parlait de « la surélévation de la gare et des voies d’environ trois mètres pour faire passer, par un tunnel  à niveau de la route, le trafic automobile et hippomobile»….

Dès 1950, il est question de le supprimer et de construire un contournement routier. En 1972, le conseil communal se déclare en faveur d’un tunnel  sous voies. En 1976 une trentaine d’expropriations sont décidées de part et d’autre du PN. D’une part l’hôtel restaurant des 3 Clés et la série de maisons «Mélotte» qui suivaient ; et de l’autre, quelques commerces et maisons vers Descampe, à savoir : un café (Chez Vital), un snack-friterie  (Albert Sacré), une boutique de tabac (Meurant) et coiffeur, le supermarché « Unic » et la villa récente du notaire Bruyr.

Une rumeur circule que la gare va être déplacée. Le  creusement du tunnel   tarde faute d’argent et l’on parle même d ‘installer un viaduc provisoire…

En janvier 1987 le permis de bâtir est enfin délivré et en septembre 1992 les travaux sont entamés.

Le 20 janvier 1995 le tunnel est enfin inauguré. L’ouvrage aura coûté quelque 500 millions de FB.

 

L’essor industriel

De la seconde moitié du 19e s. à la fin de la première moitié du 20e, le quartier de la gare est essentiellement industriel.

En 1892, on y trouvait seulement 59 maisons … et 29 cafés. Si l’on estime une moyenne de 5 habitants par maison, la proportion des cafés serait de 1 pour 10 habitants !  Bien sûr cette pléthore de débits de boisson s’explique par la proximité de la gare et des nombreux ouvriers occupés dans les usines avoisinantes.

On sait l’importance de la révolution industrielle dans notre pays et notre région au 19e s.  Bien située géographiquement, à proximité des voies ferroviaires et routières, avec un bassin de main-d’œuvre important, il était normal que l’endroit vît éclore diverses industries dans l’air du temps.

 

Distillerie et malterie Descampe

En 1867, Camille Descampe fonde une distillerie agricole, une fabrique de levure de panification et une unité de production de malt de brasserie en bordure de la chaussée de Charleroi. Le choix de l’emplacement n’est pas anodin: une région agricole prospère, de bonnes voies de communication pour l’approvisionnement et l’expédition et surtout un sous-sol qui contient une grande quantité d’eau, absolument indispensable pour les activités envisagées.

En 1972, l’entreprise produit mensuellement 70.000 litres d’alcool et 250 tonnes de levure. Et chaque jour 50 tonnes de malt qui sont exportés jusqu’au Japon.

En 1991 l’entreprise investit quelque 300 millions de FB dans un nouveau bâtiment. La surface d’exploitation est agrandie et la capacité de production de malt s’en trouve doublée, laissant envisager 60.000 tonnes/an.

En 1994, seule l’activité de malterie sera maintenue. La société s.a. Belgomalt est constituée. La malterie entre dans le groupe Greencore qui sera repris en mars 2010 par le groupe Boortmalt, filiale d’Axéréal  group.

 En 2013, l’entreprise emploie 11 personnes et 30.000 tonnes de malt sont produites annuellement. Des investissements techniques sont régulièrement réalisés pour pérenniser l’activité.

 

La sucrerie Le Docte

Vers 1870, Maximilien Le Docte -dont le père exploita de nombreuses années la grosse ferme de la Ramée à Jauchelette- établit une sucrerie au bord des voies ferrées et de la chaussée de Tirlemont, près du passage à niveau. Agronome de formation, il fut aussi l’un des promoteurs de l’Institut agricole de Gembloux et le créateur de l’industrie sucrière dans la province de Namur. Il fonda d’abord, en 1854, la sucrerie de Grand-Manil qui se situait rue Verlaine, où se trouve aujourd’hui l’ITH. Celle-ci, de faible capacité, fut remplacée par celle qu’il établit à Gembloux. 

En 1880, Le Docte fit construire près de la sucrerie une vaste demeure dénommée « La Villa romaine » qui vit défiler de nombreuses personnes influentes du monde industriel, financier et politique. Cette villa fut démolie en 1967. Max Le Docte est décédé en 1905, à l’âge de 84 ans.

Ses quatre fils lui succédèrent en 1895 à la tête de l’usine qui devint « s.a. Le Docte Frères ». L'un d'eux, Armand, a joué un rôle majeur dans la modernisation de l'entreprise. Chimiste et physicien de formation, il s'est illustré pour avoir mis au point des appareils capables de déterminer immédiatement la teneur en sucre de la betterave.

L'entreprise fut dissoute en 1914 et cédée en 1917 à la famille Stévenart, déjà propriétaire d’une autre sucrerie dans la région. Celle de Gembloux fut rachetée en 1927 par la Société Grand-Pont de Hoegaerden.

En annexe de la sucrerie, un atelier produisait des aliments mélassés pour le bétail. En 1946 une sècherie de luzerne vint compléter ces activités. A cette époque de nombreux flamands travaillaient sur le site dont l’activité requérait une main-d’œuvre abondante.

En 1943, l’usine traitait 500 tonnes de betteraves par jour. La réception des betteraves s'effectuait toujours manuellement. Il fallait compter 180 minutes de main-d'oeuvre pour en traiter une tonne.

En 1950, la capacité passe à 1.000 t/j grâce à des perfectionnements techniques. Vers 1955, on atteint un maximum de 2.400 t/j.

En 2005, le traitement d'une tonne de betterave ne nécessite plus que 10 minutes à peine de main-d'oeuvre, soit un gain de productivité 20X supérieur à celui de 1943...

En 1966, l’usine fut rachetée par la Raffinerie Tirlemontoise. En 1969, 2.500 t/j étaient traitées et l’objectif déclaré était d’atteindre les 4.000 t/j en 1976. Elle fermera en février 1977 après plus d’un siècle d’activité.

Le vaste silo horizontal construit en 1963 pour stocker 20.000 tonnes de sucre en vrac reste le seul témoin qui subsiste aujourd’hui  pour  rappeler les belles années de l’histoire sucrière à Gembloux. Il abrite à présent le magasin Colruyt. Le site industriel à été loti après la démolition des bâtiments abandonnés.

L’ancien site de la sucrerie : un prolongement du quartier de la gare.

Comprise entre la ligne Bruxelles-Namur, la chaussée de Tirlemont, la N4 et le RAVeL, cette vaste superficie de plus de 20 hectares qui appartenait à la Raffinerie Tirlemontoise a été réaffectée au début des années 90 en zone d’habitat et de commerces.

Pour l’auteur du projet, l’ingénieur-architecte Bernard Debatty, le défi était de greffer un quartier de demain dans une structure du passé et d’en faire un prolongement harmonieux et cohérent du quartier urbain et commercial de la gare. Plus d’un millier de nouveaux habitants s’y sont installés dans des immeubles à appartements et des maisons unifamiliales entourés d’espaces verts. Les rues du lotissement rappellent heureusement le passé betteravier et sucrier local : ce sont l’avenue des Cossettes, les rues des Cheûves, du Babilaire et autres sentiers des Pétrâles et du Caramel…

 

Fonderie Cassart de Fernelmont

Vers 1875, Jean-Baptiste Cassart - Everaerts établit au Coquelet une fonderie à l'enseigne du Coq rouge. On y fabriquait des articles de chauffage et de la quincaillerie mais aussi des charpentes de serres .En 1913 est créée la "s.a. Max Cassart de Fernelmont". Elle se spécialise dans la production de matériel destiné aux réseaux d'eau, de  gaz et d'électricité, de même que dans des éléments de signalisation ferroviaire. Des pièces pour les tracteurs agricoles étaient également produites. L'entreprise comptait une succursale à Sin-le-Noble (France). Leurs articles s'exportaient dans le monde entier.

L'usine a été démolie en 1975 et l'emplacement acquis par Champion qui y construit un supermarché. Cette enseigne, devenue "Carrefour Market-Mestdagh", a déménagé à la Campagne d'Enée à Sauvenière et le magasin est à présent occupé par une enseigne de prêt à porter.

 

 

Charrues Mélotte

En 1891, Alfred Mélotte  (1855-1943) installe, chaussée de Wavre, une usine de production de charrues et autres machines agricoles : semoirs, herses, arracheuses de pommes de terre …

En 1912, l’usine produit 88.000 instruments agricoles.

En 1935, cette société  -la plus importante de la ville-  occupe 600 ouvriers. Après 1945, la production diminue et, en 1968, elle ne compte plus que 223 travailleurs. Elle fermera ses portes en 1975.

L’industriel habita de nombreuses années une grande villa (Le château Mélotte) qu’il avait fait bâtir chaussée de Tirlemont, à proximité de ses ateliers. Cette vaste demeure, entourée d’un beau jardin, fut réquisitionnée par les Allemands le 27/09/1914 pour y installer le siège de la Kommandantur.

 

Eurofonderie

Cette usine a succédé aux  «Charrues Mélotte»  occupant  ses locaux à la chaussée de Wavre.

C’est en 1976 que la Société anglaise Lucas Girling, établie à Birmingham, et intégrée dans le groupe Lucas Industrie Ltd, repris la fonderie de fer qui existait déjà.

La mission dévolue à Eurofonderie par Lucas Girling, second constructeur sur le marché européen, était de produire en grande série des pièces de freins à disques pour le secteur automobile.

Ces pièces brutes étaient expédiées à des usines situées en France, au Royaume Uni et en Allemagne qui produisaient des systèmes de freins complets pour tous les grands constructeurs automobiles (excepté japonnais). En 1984, l’usine occupait quelque 230 travailleurs. La production mensuelle atteignait 800 tonnes de pièces d’un poids unitaire de 1,5 à 2,5 kg, soit une moyenne de 460.000 pièces, ce qui représentait l’équipement de 115.000 véhicules par mois. En 1990, l'usine produit un million de pièces par mois, l'équivalent de quelque 1.600 tonnes de fonte. 290 travailleurs sont occupés, dont 55 affectés au contrôle de qualité. Le chiffre d'affaire qui était encore de 180 mios de Fb en 1976 atteignait alors 930 mios de Fb.

En 1993, l’entreprise se sépare pourtant de près de la moitié de ses travailleurs et supprime une ligne de production. La production augmente et le chômage technique est résorbé. En 1994, l’usine occupait 255 travailleurs. La multinationale se séparera brutalement de son site gembloutois  en 1995, laissant sur le carreau des travailleurs désemparés et sous le choc. Selon les organisations syndicales, la direction aurait entamé, dès 1993, des négociations secrètes avec des sous-traitants italiens en vue de délocaliser ses activités…Mondialisation déjà.

 

Photo Dronecortex 2017. Site Eurofonderie en phase de démolition (Chée de Wavre).

 

Corderie Rosseel

Etablie depuis 1896 à la rue Verlaine à Grand-Manil, à l’endroit où se situe aujourd’hui  l’Ecole horticole (ITH), cette usine occupait une centaine d’ouvriers.

Elle déménagea rue Buisson Saint-Guibert et cessa ses activités en 1903.

 

Emaux Lens

Cette usine, très polluante, produisait des peintures et autres produits similaires. Elle fermera vers 1965 au grand soulagement des riverains longtemps incommodés par ses émanations toxiques. Sur le site industriel, une fois démolis les ateliers et les deux grandes cheminées, les premiers immeubles à appartements multiples furent édifiés.

 

 La coutellerie « Le Paon »

Cette coutellerie connut apogée après la fin de la dernière guerre. On y produisait des machettes qui étaient exportées au Congo et en Amérique du sud. Différents modèles figuraient au catalogue : pour récolter le caoutchouc, couper les noix de coco, etc…

Après l’indépendance du Congo en 1960 de nombreux débouchés sont perdus et la société ne pourra éviter l’arrêt de ses activités vers 1983.

 

 

Services des collectivités

 

Le téléphone

Le téléphone fonctionne à Gembloux dès 1898. En 1904, une cabine publique fut placée près de la gare.

Dans l'entre- deux guerres les services T.T. s'installent dans un nouveau bâtiment érigé rue Buisson Saint-Guibert. En 1979, le commutateur téléphonique de Gembloux d'une capacité de 4.000 lignes frise la saturation. Un nouveau bâtiment abritant des installations d'une capacité de 20.000 lignes est construit rue Mgr. Heylen en vue de remédier à cette situation. Il fallait aussi renouveler le central par un nouveau commutateur. Le budget de cette opération avoisinait les 120 millions de frs.

L’eau

La distribution d’eau potable par conduites souterraines apparait vers 1916.

L’électricité

En 1911, de l’électricité était produite par les industriels Mélotte et Cassart  qui se servaient de la force motrice de leurs machines à vapeur pour actionner des groupes électrogènes et charger des accumulateurs.  Cassart de Fernelmont eut l’idée de vendre son électricité et établit son réseau de distribution limité au quartier de la gare, celui du Coquelet et une partie de la rue du Moulin. Vers 1925, l’approvisionnement se fit à partir de la centrale d’Auvelais. En 1926-27, presque toutes les maisons de Gembloux étaient raccordées au réseau de distribution  mais il fallut attendre septembre 1934 pour que les rues soient éclairées à l’électricité plutôt qu’au gaz.

Le gaz

Du gaz de houille était produit dans une usine chaussée de Wavre. Le 12 mai 1940, elle fut détruite sous les bombes allemandes.

Elle fut reconstruite et fonctionna jusqu’à l’arrivée du méthane hollandais au début des années 60.

 

La chaussée de Wavre  au siècle dernier

 

Jusqu’au début des années 30, époque à laquelle le contournement de la N4 fut réalisé, cette route était un tronçon de la chaussée reliant Bruxelles à Namur, en passant par le passage à niveau n°46, l’avenue de la Faculté et l’avenue des Combattants.

Le long de cette chaussée, nombreuses étaient les activités, depuis « Les Enfants Martyrs » jusqu’au passage à niveau.

On  y trouvait d’abord une caserne qui devint plus tard un dépôt de médicaments pour l’Armée. Un moment inoccupé, les locaux abritèrent brièvement  un centre d’accueil pour migrants demandeurs d’asile. Des services du SPF Finances (TVA, contributions) occupèrent ensuite les lieux. En 2017, Fin Shop s’y installe pour exercer sa mission publique de vente de biens meubles pour les provinces de Hainaut, de Liège, de Luxembourg et de Namur. Aujourd'hui, d'autres services y sont installés, comme la Justice de Paix du canton.

 

 

Venait ensuite la coutellerie « Le Paon ». De l’autre côté de la chaussée, on se rappellera de l’usine à gaz, du «Comptoir des Sélections Agricoles » (devenu « SABSA »)  fondé par J. Schepkens à la fin des années 20, de l’usine « Mélotte », du garage Renson (qui s’établira ensuite chaussée de Charleroi), un commerce d'alimentation  et - au coin-  du café restaurant des 3 Clés actif jusqu’à son expropriation fin des années 70.

 

 

La chaussée de Wavre ca 1925. - publication de J.-M.Gilles dans le groupe fb "Gembloux est et a été".

Du café du Nord à l’hôtel restaurant des Trois Clés – la dynastie Horgnies

Vers 1920, une tante de Charles Horgnies -Ida- reprend un café idéalement situé  chaussée de Wavre: le long de la chaussée Bruxelles-Namur (le contournement n’existait pas encore) et à proximité immédiate de nombreuses usines et donc d’une clientèle potentielle importante.

Ida Horgnies devant le café du Nord ca 1920. Photo publiée par Régis Horgnies dans le groupe fb "Gembloux est et a été".

 

Le café du Nord était fort fréquenté tout au long de l’année. Cette dame céda son commerce à son neveu au lendemain de la dernière guerre. Charles Horgnies épouse Madeleine Laret en 1948 et le couple s’installe dans les murs tandis que Madeleine ouvre un commerce d’alimentation à côté du café.

De 1965 à 1979, ces deux commerces sont en plein essor : l’hôtel compte 22 chambres et deux salles de banquet. Mais, en 1974, survint la décision d’expropriation de l’hôtel-restaurant en vue des travaux de construction du tunnel routier. Suite à quoi, leur fils Marc, fort d’une solide formation en gestion hôtelière, va installer non loin de là, à la croisée, un vaste complexe hôtelier, toujours à l’enseigne des Trois Clés.

Cette nouvelle infrastructure moderne et bien adaptée aux normes modernes sera inaugurée le 15 août 1980. Elle comporte, outre la partie hôtelière (45 chambres), un restaurant, une brasserie, un bar, des salons et autres locaux adaptés aux séminaires d’entreprises et conférences. En plus d’un vaste parking et des garages pour automobiles. Des travaux d’agrandissement sont prévus fin 2019 avec la construction d’un 3e étage.

 

Mai 1940 : bombardements et débâcle

Le 10 mai 1940 à 4h25 l’Allemagne envahit la Belgique.

La progression des envahisseurs est fulgurante. Le lendemain, de nombreuses alertes retentissent dans la ville et, dans l’après-midi, des bombardements aériens touchent les environs de la gare. Dans la nuit du 11 au 12 mai, les premières troupes françaises du 134e régiment d’infanterie arrivent dans la ville pour repousser l'ennemi.

Le 12 mai, dimanche de la Pentecôte, vers 6 h. du matin, trois groupes de six avions lâchent des chapelets de bombes. L’attaque dure toute la journée, visant surtout la gare et les infrastructures ferroviaires.Les avions descendaient en piqué et envoyaient jusqu'à 24 torpilles à la fois. Les éclats étaient en aluminium très léger, ou en acier fort tranchant.

Le 13 mai, les bombardements reprirent mais d’une façon moins intense. On dénombra quelques blessés. Des soldats belges furent soignés à l'Institut Agronomique et trois civils qui circulaient du côté de la gare furent soignés provisoirement chez les Sœurs de Notre-Dame. L’ordre fut donné d’évacuer mais ne restaient déjà plus alors que 200 habitants, tout au plus, dans la ville quasi abandonnée par une population effrayée et inquiète pour la suite. La bataille de Gembloux commençait dans la campagne toute proche d’Ernage et allait infliger à l’envahisseur une éphémère mais honorable et courageuse résistance.

 

Les commerces  (1960 – 1985)

 
 
 

L'avenue de la Station, la gare et le château d'eau pour les locomotives à vapeur. ca 1950. Source Delcampe.be

 

Il est question ici de souvenirs personnels qui  témoignent, sur une période restreinte (25 ans) du dynamisme commercial d’alors dans le quartier. Le panoramique considéré  n’est pas très étendu : 300 ou 400 mètres du bureau des PTT et de l’hôtel des Voyageurs, par l’avenue de la Station jusqu’au début de la chaussée de Charleroi.

Le bureau des PTT d’abord, où la Poste et les services des Téléphone et Télégraphe se partageaient la même salle d’attente dans laquelle on trouvait quelques cabines téléphoniques individuelles. L’étage était occupé par des installations techniques. Ce bâtiment existe encore mais est affecté autrement. En face se situaient l’hôtel des Voyageurs et le garage Pirson, fondé  vers 1920, actif dans les  transports internationaux et l’exploitation d’autocars de tourisme. Une station de taxis flanquait l’autre côté de l’hôtel-restaurant-café en face de l’ancienne gare. Ces bâtiments furent rasés en 2017 et l’on parle de construire là prochainement des immeubles mixtes d’habitation et de commerce.

Avenue de la station, parallèlement au chemin de fer, en partant de la Poste, on trouvait  -de mémoire-  un magasin d’instruments de musique tenu par un musicien connu : l’accordéoniste Georges Gomand. Ensuite, un horloger un peu original, un légumier/épicerie (G.Halzen), un salon de coiffure (h/d) et parfumerie (Lengelé père et fils),  un poissonnier/traiteur (Paul Jeandrain), le café de Sombreffe, une fleuriste (Yvonne Puffet), un magasin de vêtements (Toni Shop), une papeterie-librairie (Leberger), une boucherie (Dubois), un légumier devenu snack-friterie (Brosteau). Au coin, c’était le café « chez Vital » et puis à droite, chaussée de Charleroi, un snack-friterie  (Albert Sacré), un magasin de cigares et parfumerie tenu par Eva Dubois avec, en contrabas, à l'arrière de cette boutique, son mari, le coiffeur Téles, qui officiait pour les hommes. Ensuite un magasin de chaussures (Gailly) qui deviendra un petit supermarché à l’enseigne « Unic ». Les anciens se souviendront aussi des vestiges de la brasserie Sovet, encore visibles au début des années 60.

La chaussée de Charleroi ca 1960. Publication de Philippe Depireux dans le groupe fb "Gembloux est et a été".

 

De l’autre côté de la chaussée, en revenant vers le passage à niveau, une entreprise de transports routier (Renson) à l'emplacement de laquelle s'installera Lidl, un chantier de tailleur de pierres (Colson), un marchand de bois et matériaux (Léon Michaux), un garage automobile (Emile Dock),  un garage vélos-motos (Pirlot), le bazar H.Pont, une épicerie, une boulangerie-pâtisserie (Coulon) et la pharmacie (Dosogne).

Par ailleurs, les anciens du quartier se rappelleront  sans doute de l’épicerie tenue par Melle Louisa Godfrine à la rue de l’Agasse dans les années 1950-60. De même, rue Buisson Saint-Guibert, d’un marchand de charbon (Lecouturier) qui, accessoirement, s’occupait de l’enlèvement régulier des immondices avec son camion et un aide, ce jusqu’à la fin des années 50. Souvenir aussi d’Albert De Broux, installateur en chauffage central, qui fut, comme mon grand-père, déporté en Allemagne en 1916 et son compagnon de captivité.

 

Av. de la Station en 2018

 

La Foire Commerciale et Agricole

Preuve encore du dynamisme commercial du quartier à cette époque, cet événement qui s’est répété une dizaine d’années. Organisée à l’initiative des commerçants du quartier, sous la présidence d’Edmond Goffin assisté de MM. G. Halzen et M. Jaspart (secrétaires) et de MM. Pirson et Dosogne, la première édition eut lieu en 1963. Elle se déroulait, début septembre, dans le hangar des Ets Pirson et sur le vaste parking contigu. De nombreux exposants présentaient appareils ménagers, TV, textiles, ameublement, vins et spiritueux, outils de jardinage, engins agricoles et automobiles.

En pleine vitesse de croisière, en 1969, 7.500 m2 étaient occupés par les exposants. 10.500 visiteurs s’étaient déplacés l’année précédente et l’on en attendait 12.000. Le programme de cette 8e édition, du 5 au 7 septembre 1969, témoigne de l’ampleur et de l’ambition de l’événement :

 Vendredi à 18h00 inauguration par M. Héger, ministre de l’Agriculture, en présence de MM. Emile Lacroix et Charles Poswick, députés, et de M. Arthur Lacroix, sénateur, et de M. Jules Bruyr, bourgmestre.

Samedi soir, bal des exposants animé par l’orchestre « The Dixies Blues ».

Dimanche après-midi, défilé de mode présenté par deux maisons de couture française et une belge. Pendant la durée de la foire, le Club des magnétophiles  gembloutois procédèrent à des interviews de personnalités de la Radio. Dimanche encore, la J.A.P. organisait un concours de gymkana de tracteurs et autres.

Mais bientôt le déclin se profile. Les belles heures vont s’évanouir. Les expropriations en vue de la construction du tunnel vont commencer, la crise s’installe et les habitudes de consommation changent. Les supermarchés apparaissent en périphérie. Une époque est révolue.

 

« Terres du Sud », un nouveau  zoning commercial

En 1986, Larbi Laidi rachète une friche industrielle  de 2,5 ha le long de la chaussée de Wavre, là où se trouvait notamment la coutellerie « Le Paon ».

L'enseigne San-E-Mat naît des cendres d'une Sprl spécialisée en quincaillerie.

Après l’aventure « Superbois », l’investisseur opte pour une formule de franchise. Le magasin propose de multiples articles axés sur la rénovation et l'embellissement de la maison. Il est remodelé en 1992. L''enseigne "Brico" apparaît ensuite.

Au début des années 2000 les enseignes « Brantano » et « Tom & Co » s’établissent sur le site de quelque 12.000 m2 où un vaste parking a été aménagé.

En mai 2008, s’édifie un Super Delhaize d’une surface de quelque 3.000 m2, tandis qu’on démolit les vestiges de l’ancienne coutellerie qui  a cessé ses activités 15 ans plus tôt. Toute la zone commerciale sera dès lors occupée.

 

 

Traditions et fêtes populaires

 

Le « tour Saint- Guibert »

Pendant plusieurs siècles se déroula à Gembloux une procession nocturne qui avait lieu la nuit du 22 au 23 mai, date de mort de Saint-Guibert à l’abbaye de Gorze, en Lorraine, en 962. A cette occasion, la châsse contenant ses reliques était solennellement portée en procession autour de la ville. L’objet du culte populaire -qui pesait 150 kg-  était porté sur les épaules de quatre jeunes gens qui se relayaient tous les quarts d’heure, nombreux qu’ils étaient à revendiquer cet honneur. Elle était escortée de toutes les autorités : le bailli-mayeur et les échevins, des confréries religieuses, de tous les religieux de l’abbaye et du prélat ; et  aussi des archers du XVe siècle, des serments des arbalétriers et des arquebusiers  du XVIe et XVIIe siècles et par la population en liesse. Cela au son des tambours  et du bruit assourdissant des  salves.

 Un peu avant minuit les pèlerins se réunissaient avec des lanternes sur la place de l’Aître, près de l’église. A minuit, ils se mettaient en route pour accomplir dans la ville et les campagnes alentour un périple de plus de 10 km. Le cortège s’arrêtait à toutes les chapelles et bornes potales rencontrées pour réciter des prières. La halte la plus prolongée avait lieu au baty Saint-Guibert , endroit où selon la tradition, le saint avait planté son bâton dans le sol en 954. Le bois prit racine, fleurit  et donna naissance au Buisson-Saint-Guibert. Les fidèles y cueillaient des fleurs d’aubépine qu’ils rapportaient pieusement à l’église qu’ils regagnaient vers 4 heures du matin pour assister à une grand-messe. Ces fleurs odorantes servaient à orner la statue du Vieux Bon Dieu et le reliquaire du saint fondateur. 

En 1922 eurent lieu les festivités du millénaire de la fondation  de l’abbaye bénédictine Saint-Pierre. Elles débutèrent par le rétablissement de la procession nocturne du 23 mai qui avait été abandonnée à la suite de la suppression de l’abbaye en 1796. Cette résurgence fut éphémère : aujourd’hui, ce Tour Saint-Guibert  n’est plus organisé que tous les trois ans, dans le cadre de la ducasse de septembre. Cette manifestation historico-folklorique ne rappelle plus que très vaguement la procession de jadis.

 

La kermesse

Une kermesse avait lieu chaque année jusqu’à la fin des années 60. Quelques métiers forains s’installaient pour quelques jours de part et d’autre du chemin de fer. Rien de bien spectaculaire, certes, mais dans une belle ambiance conviviale. Cette fête existait de longue date puisqu’en 1912, déjà, l’Administration communale accordait des subsides au Comité des fêtes : 75 frs pour la fête de la gare et 150 frs pour la Société de jeux de balle du quartier.

 

Le géant local

« Le Chef de gare », géant débonnaire et moustachu, a été baptisé en 1987 -lors de la braderie-  par le doyen A. Henin. Le lecteur se délectera  de l’allocution prononcée à cette occasion par cet ecclésiastique, poète et humaniste regretté. Ses quelques mots, pleins d’humour et de finesse, illustrent bien l’esprit de l’époque et le personnage jovial et malicieux.

 

 

 

 

 

La brocante annuelle  

D’origine plus récente, cette manifestation se déroule le 1er w.e. du mois d’août. Elle relie, trois jours durant, le quartier de la gare au centre-ville. Son succès ne se dément pas et attire toujours de nombreux curieux.

 

 

Culte et activités sociales,  dans la mouvance des Pères maristes

 

Les pères maristes

Souhaitant s’implanter davantage dans notre pays, et encouragés par Mgr Heylen, évêque de Namur,  les pères maristes s’installent à proximité de la gare en 1931.

La vaste maison qu’ils érigent  comportait une chapelle où se célébraient des offices religieux auxquels assistaient des fidèles heureux de ne plus devoir rallier l’église paroissiale trop éloignée.

Le but aussi des maristes était de créer une école apostolique, un projet qui échoua.

Au début des années 40, le bâtiment comprenait  -outre la chapelle-  une quinzaine de chambrettes assez spacieuses, une cuisine, un réfectoire et une salle de détente. De quoi accueillir des étudiants de l’Institut agronomique qui ne trouvaient pas tous à se loger chez l’habitant.

Le 30 avril 1949, un incendie se déclare au 2e étage vers 11h. Les dégâts sont considérables : tout l’étage et la toiture furent détruits et l’eau dévasta les locaux inférieurs. Les réparations furent immédiatement entreprises et les étudiants purent réintégrer le home au mois d’octobre.

En 1963, la grande salle en face de la chapelle ainsi que la moitié du 1er étage ont été affectés à des activités médicales et paramédicales. Une sorte de polyclinique organisée par des médecins pour des consultations de médecine générale et spécialisée (ophtalmologie, radiologie, soins dentaires, suivi des  nourrissons, physiothérapie). Cette activité fut relativement éphémère.

Les pères, eux, poursuivaient leur ministère : messes, saluts, visite des malades, s’occuper de la jeunesse et épauler le clergé de la paroisse.

Leur dernière messe fut célébrée le 2 juillet 1983 et les religieux quittèrent les lieux.

 

La "Maison Nord-Sud" .

Laissé à l’abandon plusieurs années, le couvent désaffecté fut acquis par la Fac d’agronomie en vue d’y héberger des étudiants étrangers. Des travaux d’aménagement furent entrepris fin 1987 et terminés en 1988. «La Maison Nord-Sud» compte 34 chambres pour célibataires, 4 chambres pour couples, 2 studios et 7 appartements. Des locaux communs (cuisines, buanderie, salle de jeux, salle de réunion,…) sont aussi à disposition des étudiants et de leur famille qui les accompagne. La capacité d’hébergement est de 75 personnes.

 

Aide et Protection de la Jeunesse.

Avant l’arrivée des Maristes, le quartier connu deux institutions vouées à l’éducation et l’aide à la jeunesse. Ce sera d’abord l’école ménagère « Henry Carton de Wiart », du nom de son bienfaiteur, qui accueillit en 1913 des jeunes filles orphelines ou abandonnées. Cet établissement était tenu par des religieuses françaises  interdites de séjour en France  par la loi Combes. Il était situé chaussée de Charleroi. Il a été transféré à Walhain en 1920. Ce bâtiment n’existe plus aujourd’hui.

Ce sera ensuite  « Les Enfants Martyrs » ou « Ferme-Ecole Jules Lejeune », fondée en 1916, à la limite d’Ernage. Il s’agissait d’un établissement qui accueillait des garçons dont les parents étaient défaillants ou déclarés incapables de les éduquer. Le bâtiment fut racheté par l’Etat en 1957 pour y installer la station de chimie et de physique agricoles. Il est aujourd’hui inoccupé.

On se rappellera que ces deux établissements étaient le résultat de la création, en 1892, de la « Société Royale des Enfants Martyrs  de Bruxelles » dans la foulée de la première circulaire sur la protection de l’enfance rédigée par le ministre de la Justice Jules Lejeune.

Les écoles

Pour répondre à l’évolution démographique et au phénomène de l’urbanisation croissante du quartier deux écoles seront ouvertes, et agrandies au fil des années.

Ce sera d’abord celle de la rue Mgr Heylen créée par les Sœurs de N.D. dans les années 60 et qui dépend aujourd’hui du Collège Saint-Guibert. Elle s’appelle à présent Ecole fondamentale de la gare.

Vint ensuite l’implantation « Charte d’Otton », dans l’avenue éponyme : une école maternelle qui fait partie de l’Athénée Royal.

 

Le déclin industriel et l’urbanisation 

 

Au début des années 60 s’amorce la désindustrialisation dans le quartier et l’urbanisation commence à se développer.

Dès les années 50, déjà, de nombreux bungalows éclosent aux abords de la rue de l’Agasse. Des maisons unifamiliales, entourées de petits espaces verts, qui sont occupées par de jeunes ménages appartenant à ce qu’il est convenu d’appeler « la classe moyenne ». Des enseignants, des fonctionnaires, des employés de banque, quelques professions libérales et de nombreux agronomes occupés à l’Institut agronomique et aux différentes stations de recherche.

Au début des années 60, dans le prolongement du « baty Saint-Guibert » vers Moha, L’avenue Moine Olbert remplace un chemin empierré. Là où l’on trouvait encore des prairies et des terres agricoles cultivées, de nombreux pavillons sont construits en quelques années, de même que le long des rues adjacentes nouvellement tracées et baptisées de noms qui rappellent l’histoire fondatrice de la ville : ce sont les avenues de la Charte d’Otton, des Etats de Brabant, du Comté et de l’Arc d’Airain. Un peu plus loin  -mais ce n’est déjà plus le quartier de la gare-  la cité de Moha  est créée en 1961. Une soixantaine de maisons jumelées, assemblées selon une méthode novatrice mise en œuvre par la société IBB « Industrialisation Belge du Bâtiment » qui produisait de grands panneaux préfabriqués en béton dans le zoning de Sauvenière. Cette manière de procéder réduisait considérablement le temps - et les coûts-  de la construction. La cité « François Bovesse », aux abords de l’Agasse, est érigée peu après, mais d’une manière plus classique.

 

La Cité de Moha en 1969.

Photo extraite du bulletin-bilan, toute boîtes, du Psc avant les élections d'octobre 1969.

 

A la fin de cette décennie, on verra apparaître les premiers immeubles à appartements multiples. Ce sera d’abord « Les Marronniers », le plus haut, à front de la rue Buisson Saint-Guibert. Et puis, dans la foulée, « Les Tilleuls », « Les Peupliers », « Les Ifs », qui seront édifiés tout au long de l’ «allée des Marronniers », une nouvelle rue tracée début des années 70 pour relier le Buisson Saint-Guibert à la chaussée. Ces immeubles vont occuper la surface de l’usine Lens démolie peu avant.  Plus de 30 ans après, de l’autre côté de l’Allée des Marronniers, d’autres immeubles à appartements, « Les Pommiers » et « Les Poiriers », seront construits sur l’ancienne propriété de plus d’1 ha du Dr J.Imberechts.

 

Photo extraite du bulletin-bilan (toute boîtes) du Psc avant les élections d'octobre 1969.

 

Une Résidence-services pour le 3e âge:

Au début des années 70, "General Cottage" érige une résidence 3e âge (Le Vert galant) un peu en retrait de la chaussée de Charleroi. Conscient de l'évolution démographique dans notre pays et du manque d'infrastructures publiques dédiées aux personnes âgées, le promoteur proposait aux résidents (propriétaires ou locataires) un cadre de vie agréable et des services adaptés, dans un immeuble doté d'appartements privés et de parties communes pour  la restauration, les activités organisées ou non etc..  Il s'était inspiré de réalisations semblables en France, en Suisse et au Danemark. L'implantation gembloutoise fut une première en Belgique.

 

 

Perspectives d’avenir

 

Il est clair que l’urbanisation va encore s’amplifier. A l’heure qu’il est, différents projets immobiliers se préparent dans ce périmètre qui est appelé à se transformer radicalement. Il est question d’un nouveau lotissement entre la rue de l’Agasse et le RAVeL. Une soixantaine de maisons pourraient être bâties sur une surface encore cultivée aujourd’hui.

Un complexe d’habitations et quelques commerces sont prévus à l’emplacement de l’hôtel-taverne des Voyageurs et du garage Pirson, récemment démolis.

Autre projet encore en bordure de la chaussée de Charleroi, à l’endroit où furent expropriés et démolis plusieurs commerces, fin des années 80, en vue de la construction du tunnel.

 Et surtout une réaffectation de grande ampleur de l’ancien site industriel « Mélotte-Eurofonderie » entre la chaussée de Wavre  et la N4.

Quelque 3.000 nouveaux habitants sont attendus dans ce périmètre d'ici une douzaine d'années.

 

Projet de Périmètre de Remembrement Urbain (PRU) pour un « quartier nouveau ».

Un projet PRU dont le BEP est l’auteur vise à développer sur cette vaste surface de 15 ha un « quartier nouveau » à fonctions mixtes. A l’horizon 2030 il est question du construire là un millier de logements. Des immeubles à appartements mais aussi une crèche, une école et des infrastructures de services à la personne. Cette implantation se ferait dans un environnement aéré et agréable, à proximité immédiate des transports en commun (Sncb et Tec).

Le Collège communal, le promoteur immobilier et le Bep collaborent étroitement pour réaliser cet ambitieux projet qui, si tout va bien, devrait revitaliser le quartier de la gare et effacer une friche industrielle indigne d’aujourd’hui.

 

Mais, sans vouloir jouer les Cassandre, il ne faudrait pas exclure les retards, tergiversations, contretemps et autres imprévus politiques et financiers. Si l’avenir peut se discerner il ne peut se prédire.

 

19 juin 2019 : présentation du projet au conseil communal

 

Plus qu'un projet immobilier, on parle ici d'un projet de ville pour le quartier de la gare.

Quelques chiffres...

Une superficie  concernée de 15 ha.

1180 logements prévus pour quelque 2.500 nouveaux habitants.

500 places de stationnement en sous-sol.

18.500 m2 dédiés notamment aux commerces, à l'horeca et aux bureaux.

 

L'opposition (PS) a rapidement réagi et épingle plusieurs défauts et carences majeurs (démesure du projet exposé, problèmes de mobilité mal pris en compte etc...). Le bourgmestre (Cdh) rassure...

Voir le reportage de Canal Zoom :       www.canalzoom.be/le-ps-de-gembloux-critique-le-pru-quartier-de-la-gare/

 

 

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Note de l’auteur :

J’ai tenté de présenter un quartier de Gembloux que beaucoup connaissent, sans pour autant en savoir beaucoup sur son origine et son évolution.

A la lecture de cette modeste monographie, le lecteur se rendra compte que cette histoire locale n’est pas si singulière et qu’elle s’inscrit bien dans le développement industriel, économique et social propre à notre région.

Il aurait été fastidieux -et un peu pédant-  de mentionner «en bas de page», ou en annexe, les nombreuses sources et références dont je me suis servi ; car, bien sûr, il s’agit d’une compilation et d’une synthèse de multiples éléments épars puisés pour la plupart dans les écrits de J. Toussaint, les bulletins du CRAHG, des articles de presse, la Toile et quelques souvenirs personnels ou glanés ça et là.

Les amateurs d’histoire locale consulteront avec bonheur le site remarquablement documenté et illustré de Jean-Marc Gilles  https://3cles.wordpress.com/  de même que sa page FB associée : « Gembloux est et a été ».

Cette édition numérique (v.190710) est appelée à être revue, corrigée et augmentée en fonction de mes recherches et des souvenirs et autres informations que j’aurais plaisir à encore recueillir.

La reproduction de ce texte -partielle ou totale- dans un but lucratif n’est pas autorisée.

Marc Delforge