Il y a 75 ans, la bataille de Gembloux : 14 et 15 mai 1940

17/02/2015 17:25

Il y a 75 ans,

La Bataille de Gembloux : 14 et 15 mai 1940

Le 10 mai 1940 à l’aube, l’armée allemande envahissait le Belgique avec pour objectif de gagner le territoire français. En vertu d’une convention signée avant-guerre entre les Etats-majors français et anglais, l’armée française et un Corps expéditionnaire anglais prennent alors position en Belgique – neutre- aux côtés de l’armée belge dont des divisions refluent du canal Albert après la chute du fort d’Eben-Emael  le 11 mai, pour s’opposer à l’envahisseur.

La  1ere Armée française, ainsi que le Corps expéditionnaire britannique prennent position au centre du dispositif de l’armée belge. Le 134e R.I entre en Belgique le 11 mai et arrive à Gembloux dans la nuit du 11 au 12 mai.

Les forces armées en présence

Dès le 10 mai 1940, le 4ème Corps de la 1ère Armée française, avec à sa tête le général  Henri Aymes (photo) , prit toutes les mesures pour s’installer sur les positions qui lui étaient assignées dans le plan d’opération « Manœuvre de la Dyle », entre Ernage et Beuzet.

La 1ère division marocaine (1DM) du général  Albert Mellier ne fut définitivement sur place (Ernage) que tard dans la matinée du 14 mai, après l’arrivée du 7 RTM (Régiment de tirailleurs marocains) épuisé après une marche forcée de plus de 100 km en 3 jours.

De son côté, le général Alphonse Juin, à la tête de la 15ème Division d’infanterie motorisée (15 DIM) occupa  les positions prévues (Lonzée et Beuzet) dès le 12 mai.

Le but était de barrer à tout prix la trouée de Gembloux, de sorte à empêcher l’ennemi de contourner la place forte de Namur et d’atteindre Charleroi par la Sambre.

Entre Ernage et Beuzet, le terrain forme un plateau sans obstacles naturels. La 15 DIM plaça environ 2.500 mines antichars dans le secteur du centre et de droite mais pas devant la majeure partie du secteur de gauche, celui d’Ernage.

Les Français disposaient de canons antichars et de chars R35 (photo) et Somua. Leurs canons de 25 étaient d’un maniement difficile, peu commodes à manœuvrer du fait qu’ils n’étaient pas montés sur chenilles.

La 1ere Armée était précédée par le Corps de Cavalerie du général Prioux, fort de deux divisions blindées , très modernes pour l’époque, chargées d’opérer, entre le 12 et le 14 mai, un combat retardateur permettant le déploiement du gros de la 1ere Armée. Celle-ci se déploie de Wavre à la position fortifiée de Namur, le long de l’obstacle antichars « Cointet », du nom de son inventeur,  et de la voie ferrée de Bruxelles à Namur qui prolonge la ligne défensive KW (Koningshooikt-Wavre). Ce dispositif antichars était hélas incomplet et discontinu à cause des retards pris dans son installation et dus au long hiver 1939-1940.

 

Le Corps expéditionnaire britannique était composé de deux divisions, dont l’une est commandée par le général Montgomery. Ces forces anglaises se déploient à gauche du dispositif français, entre Wavre et Louvain et assurent la jonction, à leur gauche, avec l’armée belge déployée en couverture de Bruxelles. Il ne participera pas à la bataille de Gembloux.

 

Les Forces allemandes en Hesbaye sont la V ième  Armée von  Reichenau,  précédée en fer de lance par le XVIe Panzer Korps du général  Erich Hoepner (photo), composée de deux divisions panzer  (3 et 4 Pz Div).

A Gembloux, l’armée belge n’intervient pas, ses missions étant ailleurs.

 

Offensives, contre-offensives  et repli stratégique dans l’honneur

Le 12 mai 1940 - dimanche de la Pentecôte -  le Corps de Cavalerie Prioux entame sur la Gette, à Hannut, son combat retardateur contre les divisions Panzer, et le poursuivra avec succès jusqu’au 14 mai  à l’aube où il rejoint la 1ere Armée autour de Gembloux, conformément aux ordres de l’Etat-major français. Il revenait au  4e Corps de la 1ere Armée française de défendre la ligne s’étendant  de Ernage à Beuzet.

Ce jour là, la ville est sévèrement bombardée, l’aviation allemande visant  essentiellement la gare qui constituait alors un nœud ferroviaire important. De nombreuses victimes civiles furent à déplorer.

 

Le 13 mai, la population des localités situées à proximité de la ligne des combats reçoit des autorités militaires françaises l’ordre formel d’évacuation. Ne restera  à Gembloux  et dans les villages qu’une bonne centaine d’habitants terrés dans les caves.

 

Le 14 mai à l’aube commence la Bataille de Gembloux. Les bombardements commencèrent vers 7 h du matin. Agissant à Ernage en piqué et en rase-mottes, les stukas pilonnèrent  une heure durant la voie ferrée et ses alentours n’occasionnant que peu de pertes. Vers 10 h les bombardements reprirent. Trente-cinq chars allemands pénètrent dans le village sans résistance : ils avaient été pris tout d’abord pour des chars français ! Puis, ils furent attaqués par des canons de 25. Cette riposte et l’escarpement de la voie ferrée arrêta leur progression. Bientôt, un quart d’entre-eux furent atteints. Aussi, préfèrent-ils se replier. Une nouvelle offensive eut lieu vers 12 h. Elle combina cette fois l’artillerie et l’infanterie. Durant toute la journée du 14 mai, les Allemands vont tenter de percer entre Ernage et Beuzet mais sans succès.

De son côté, la 15 DIM avait mis en place son artillerie qui pouvait même atteindre les Cinq-Etoiles (Thorembais-Saint-Trond). Dans l’après-midi, elle pilonna de nombreux chars à  Baudecet (Sauvenière), contraignant les Allemands , désemparés, à creuser sous leurs engins ce qu’ils appelaient des « caves héroïques ».

Ce même après-midi, une troisième offensive, appuyée par des stukas fut menée contre le secteur français d’Ernage. Entre deux passages à niveaux, la ligne de chemin de fer n’avait pas été occupée par un détachement marocain. Des chars allemands s’y glissèrent. Mais ils furent repoussés. Selon le témoignage du général Aymes, l’aviation française ne disposait que d’un matériel « insuffisant et désuet ». Elle ne fut de fait pas d’un grand secours pendant les opérations. Une de ses unités de reconnaissance repéra, au début de la matinée du 14 mai, quelque 150 chars au carrefour des Cinq-Etoiles. Une autre fut abattue le 15, au point du jour.

Cependant, le 14 mai au soir, le général Aymes ordonna une contre-offensive, par le 35 BCC (Bataillon de chars de combat), couronnée de succès. Il permit ainsi à la 1ère division marocaine de retrouver ses positions initiales et même de détruire les ponts enjambant la voie ferrée.

Quant à la 15e division motorisée, elle repoussa, le soir du 14 mai, une tentative de pénétration allemande par la vallée de l’Arton. Les allemands sont contraints de se replier vers Thorembais-Saint-Trond. Leur recul ne fut que momentané, leurs troupes ayant réussi en percée en Ardenne et à franchir la Meuse entre Houx et  Dinant.

 A l’instar de ce qui s’était passé durant toute la journée, les bombardements continuèrent pendant la nuit. Ils provoquèrent des incendies à Ernage et à Gembloux.

Pendant deux jours, du 14 au 15 mai, la 1ère Div. Marocaine supportera l’essentiel de la poussée allemande au prix de lourdes pertes (près de 1.000 hommes perdus), menant le combat jusqu’au corps à corps. Le 1er Bataillon du 2 RTM ( Régiment de Tirailleurs marocains) – dont le PC était installé à la ferme de Sart-Ernage – (photo), en sortait réduit à 74 hommes sur plus de 600, et la 2e Cie du Capitaine Grudler était reconnue anéantie. Le Capitaine Grudler avait lui-même trouvé une mort glorieuse le 15 mai vers 17 h, au milieu de la poignée de survivants de son unité, en menant le dernier baroud…

 La bataille se termine, sur ordre de l’Etat -major  français, le 15 mai au soir afin d’échapper à un encerclement, les Allemands ayant atteint Philippeville.

La 1ere Armée se replie alors progressivement, et en combattant, à partir du 16 mai vers Lille. Au moment du repli français, le 16 mai au matin, les unités allemandes sont toujours sur leurs positions du 14 mai au matin (c'est-à-dire à la ferme de Baudecet qui abritait l’Etat-major ), alors que leurs ordres indiquaient d’être à Nivelles le 15 mai au soir.

Le 16 mai, les Allemands, à part une reconnaissance en profondeur  ne reprennent pas directement la poursuite de le 1ere Armée. Ils la reprendront seulement le 17 au matin pour être arrêtés le 18 sur ordre de l’OKW , moment où les deux divisions Panzer sont réaffectées au groupement von Kleist près de la forêt de Mormal. La VI e Armée allemande continuera sans le Corps Panzer sa progression vers les côtes de l’atlantique.

Le 28 mai, l’armée belge capitule. Les rembarquements de Dunkerque ont lieu entre le 20 mai et le 3 juin 1940 permettant le repli en Angleterre de plus de 338.000 hommes qui purent reprendre ainsi  le combat ultérieurement.

 

 

 

 

 

Le bilan

La bataille de Gembloux fut la première bataille de chars de l’histoire militaire mondiale, en tout cas dans sa première phase qui s’est déroulée dans la région de Hannut, Merdorp et Jauche. Elle a marqué le coup d’arrêt de la « Blietzkrieg » depuis ce 1er septembre 1939 où l’Allemagne envahit la Pologne. Enfin, elle constitue la seule victoire terrestre de l’armée française durant la campagne de mai  1940.

Les pertes humaines et matérielles ont été considérables dans les deux camps. Des centaines de soldats y ont laissé leur vie.

Côté Français :

Coup d’arrêt de 72 heures aux Panzers ;

Perte d’un millier d’hommes. Le nombre exact restera inconnu. Plus de 1000 prisonniers  par les Allemands ;

Perte de plus de 200 engins blindés et matériels divers ;

Victoire tactique non exploitée SUR ORDRE  DU GROUPE D’ARMEES. (Risque d’encerclement par le Sud).

Côté Allemand :

Echec de la manœuvre visant à capturer la « Dyle Stellung » dans les plus brefs délais, « battre une partie aussi considérable que possible de l’armée française et gagner le plus de temps possible pour mener la guerre contre l’Angleterre… » . Tels étaient les ordres allemands d’opérations pour la VIème Armée et le XVIème PZ K ;

Plus de 300 blindés  endommagés ou détruits sur les 750 engagés par les 3 et 4 Div.Pz, principalement au passage de la voie ferrée et dans le champ à l’est de la ligne de chemin de fer (photo), ainsi qu’une dizaine d’avions de reconnaissance et de combat ;

Plus de 600 soldats d’élite sont morts. Ils furent inhumés jusqu’en 1941 à l’orée S.E. du Bois de Buis, puis à Bourg-Léopold et enfin à Lommel.

 

L’après, pour les combattants français…

Après avoir participé efficacement aux combats de Lille, la 1ère Division Marocaine put évacuer vers l’Angleterre les restes de ses Unités.  Trois jours plus tard ils furent rapatriés, après de multiples épisodes, au Maroc (sous le Régime de Vichy !) pour être engagés, avec réticences pour une majorité d’entre-eux, contre les forces US y débarquant en 1942, puis repris dans d’autres Régiments de tirailleurs en 1943 dans le Corps expéditionnaire français du général Juin en Italie (Monte Cassino, Garigliano et ouverture de la route de Rome...).

Quant à la 15ème Division Motorisée du Général Juin, elle fut entièrement  capturée et envoyée en captivité après les combats de Lille, non sans avoir reçu les honneurs militaires par les Allemands. Libéré en 1943, le général Juin rejoindra le Maroc pour y prendre ensuite le commandement du Corps expéditionnaire français en Italie.

 

 Les rembarquements de Dunkerque ont lieu entre le 20 mai et le 3 juin 1940 permettant le repli en Angleterre de plus de 338.000 hommes qui purent reprendre ainsi  le combat ultérieurement.

 

 

On notera que les détails de cette bataille restèrent longtemps méconnus. Des circonstances fortuites amenèrent, au milieu des années  90 - 50 ans après les faits donc - à la rencontre des auteurs du livre « Gloire et Sacrifices », le Colonel Raoul François et Franz Labarre, et des deux seuls rescapés du petit groupe entourant le Capitaine Grudler. Une précieuse collecte d’informations fut ainsi réalisée et poursuivie. Raoul François s’est efforcé de recueillir de nombreux détails, ce qui lui a permis de corriger de nombreuses  erreurs colportées involontairement jusqu’alors et de restituer pour l’Histoire le contexte réel de cette bataille. Un historien américain de renom, le Pr. Jeffrey Gunsburg  a également réalisé une étude très documentée à ce sujet  pour l’Institut militaire de Virginie et publié aux E-U par la Fondation G.C. Marshall. Il a collaboré avec les auteurs de « Gloire et Sacrifices » à la coordination d’écrits et de témoignages de sources diverses, et relatifs à la bataille de Gembloux en mai 1940.

Aujourd’hui encore, cette bataille est étudiée dans les Ecoles militaires françaises et étrangères.

 

 
 
   
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     

 

Sources :

La résistance française dans le secteur de Gembloux,  (s) Joseph Toussaint in l’Orneau  (date ?)

Bataille de Gembloux – Mai 1940 (s) Col. Raoul François, l’Orneau du 21/01/1998

Panneau didactique à proximité de la table d’orientation de Grand-Manil  (Penteville).

 

                

Remerciements particuliers au Colonel Raoul FRANCOIS, historien de la bataille de Gembloux et président du Comité Franco-belge bataille de mai 1940, qui a volontiers accepté de relire ce texte et d’y apporter des précisions pertinentes.

 

 

Souvenirs et hommages aux combattants et aux victimes

 

 

 

 

Iconographie

 

Table d'orientation de Penteville (Grand-Manil).

Position des Unités en présence le 14 mai 1940

 

 

Panzers à Ernage le 15 mai 1940

 

 

 

Le général Erich Hoepner

(source Wikipedia)

Naissance : 14 septembre 1886 - Francfort-sur-l'Oder (DE)

Décès : 8 août 1944 (57 ans) à la prison de Plötzensee (Berlin). Exécuté pour sa participation au complot du 20/07/1944 contre Adolf Hitler

Grade : Generaloberst

Années de service : 1904 - 1942

Conflits : Première et Seconde Guerre mondiale

Commandement : 16ème Corps de Panzer

                           4ème Armée blindée

Faits d'armes : invasion de la Pologne, bataille de France, opération Barbarossa

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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La ferme de Sart-Ernage qui abritait le P.C. du 1er Bon du 2 RTM le 14 mai 1940.

Incendiée le soir du 15 mai mais pas prise par l'ennemi.

 

 

 

Char R 35 du 35 BCC (Bataillon de chars de combat).

Introduit en 1936 dans l'armée française. Equipage de 2 hommes - canon de 37 mm, une mitrailleuse coaxiale de 7,5 mm, moteur Renault 4 cyl. essence dévelopant 82 HP à 2.200 tours/min. Vitesse sur route 20 km./h  autonomie 140 km.

 

 

 

Progression de chars français à Ernage en mai 1940

 

 

 

            Hommage au Général Henri Aymes - Chapelle de Moha

 

 

 

Rues de Gembloux rappelant les héros de la bataille de Gembloux, mai 1940

        

 

 

Monument aux Français, à la jonction de la N4 et de l'avenue des Combattants    

 

La nécropole française de Chastre

 

 

Le "Chemin creux" à Sart-Ernage, théatre de sanglants combats au corps à corps le 15 mai 1940

 

Musée aux Français à Cortil-Noirmont